In the afterglow – Emiel Vandenberghe
Lichamen liegen niet
Mia Vaerman
Une nouvelle année, de nouveaux chroniqueurs! En 2026, Etcetera devient cosmopolite. À quoi ressemble la culture théâtrale à Buenos Aires, Bangkok, Téhéran et Mbanza-Ngungu? Quels sont les spectacles dont tout le monde parle? Dans ce mini-interview, faites connaissance avec notre premier correspondant : Michael Disanka. Il y a deux ans, le metteur en scène congolais a quitté Kinshasa pour retourner dans sa ville natale de Mbanza-Ngungu, au centre du Congo, où le quotidien est imprégné de théâtre. Sa première chronique sur pourquoi il reste en tant qu’artiste au Congo et comment il y a fondé son propre lieu de création, c’est par ici.
Pouvez-vous vous présenter?
Ma mère m’a nommé comme elle-même: Disanka. J’ai depuis peu la manie de dire: je suis fils de Disanka, père de Disanka. Dans Géométrie de vies, spectacle que je venais de présenter au Théâtre National Wallonie Bruxelles en décembre dernier, je me présente en disant: je suis Michael Disanka, fils de Kabeya Mwena-Kavula et de Marguerite Disanka, tout commence par là. On pourrait aussi dire que je suis comédien, metteur en scène et auteur vivant et travaillant à Mbanza-Ngungu en RDC (République Démocratique de Congo), cofondateur du Collectif d’Art-d’Art. Mais Disanka l’architecte des imaginaires suffirait tout autant.
Mbanza-Ngungu est-elle une ville théâtrale?
Je vis et travaille à Mbanza-Ngungu, une ville de plus de 130 000 habitants, sans aucun théâtre au sens européen du terme. Mais dans la tradition Kongo, il y a du théâtre partout au quotidien; ce que je pourrais nommer le beau spectacle de la vie. Le nzonzi, un maître de la parole pendant le kinzonzi, théâtralise la vie par sa langue poétique et ses expressions ancrées dans la sagesse Kongo; les processions funèbres fanfardisées sont des moments de célébration de la vie qui font de la mort une belle chose, un véritable instant de beauté entre pleures, chant et danse, sous le charme et l’harmonie des instruments à vent. Il y a également le théâtre du mbongi, ce lieu où l’on se rencontre autour d’un nlongi, le passeur des savoirs, ou en communauté pour apprendre, se questionner, cogérer et célébrer la vie.
Où avez-vous vécu votre expérience théâtrale la plus marquante?
Invité par L’Onda (L’Office national de diffusion artistique), je me suis rendu à Kigali pour la première édition de la Triennale où j’ai vécu un moment bouleversant, où le théâtre sensibilise au point de retourner ton regard. C’était un spectacle-lecture de Hewa Rwanda, porté par notre aîné Dorcy Rugamba. Il a écrit une lettre aux absents, sa famille décimée pendant le génocide au Rwanda. Je n’avais jamais été autant bouleversé, désaxé, sensibilisé par un spectacle comme cela. J’ai connu encore des sensations du même ordre quand j’ai assisté à la représentation de la pièce Face à la mère de Jean René Lemoine à la MC93 à Bobigny, un travail sur sa mère assassinée en Haïti. Ces pièces, qui sont des adresses aux absents, te saisissent par l’âme et questionnent ton humanitude face à l’atroce, à la perte et à la mémoire.
Quelle vue avez-vous depuis votre bureau?

Avez-vous un lien particulier avec la scène théâtrale belge?
Depuis plusieurs années je collabore avec le KVS qui co-produit ou produit mes pièces comme Sept mouvements Congo (2018), Neci padiri (2023) et cette année mon tout premier seul en scène intitulé Je suis l’acteur de la poésie de ma mère. Notre compagnie Collectif d’Art-d’Art a entamé une forme de compagnonnage avec le Théâtre national Wallonie-Bruxelles.
Si je passais 24 heures dans votre ville, que devrais-je absolument voir ou faire?
Tout d’abord, rencontrer les êtres humains qui peuplent la ville de Mbanza-Ngungu, être en réception de leur humanité et à leur écoute. Ensuite, je dirais, visiter les grottes de Mbanza-Ngungu où vivent les poissons aveugles, assister à un cortège funèbre, mais aussi et surtout, voir un spectacle du Collectif d’Art-d’Art au D’Art-D’Art Le Lieu.
Faites connaissance avec Michael Disanka dans ce mini-interview.
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