‘La Veste du Président’, Lukah Katangila

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Mémoire

Trois courtes odes

Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des personnes qui nous inspirent à bouger. Les danseurs et chorégraphes Lukah Katangila, Lisi Estaras et Marc Vanrunxt rendent hommage à un mentor, quelqu’un qui a changé à jamais leur vision de la danse.

Ô toi, maître des gestes, sculpteur de corps et de mouvements, Dans le silence de tes leçons, sous la lumière tamisée de la salle, Tu es la mémoire d’un art qui ne se dit qu’à travers les muscles, Un art qui parle sans paroles, qui éclaire sans lumière.

Tu n’as pas cherché la gloire, et pourtant tu éclaires nos esprits Comme une étoile discrète, dans l’immensité du ciel de la danse. Dans l’ombre de tes pas, nous avons appris la rigueur et la liberté. Tu as forgé la structure de nos âmes, tout en sculptant nos corps. Je me souviens de tes mains tendues, doigts frémissants,
De l’alignement précis que tu insérais dans chaque mouvement, Comme un maître calligraphe traçant des lettres invisibles
Que nous devions déchiffrer, incarner, puis réécrire.
Il n’y avait pas de mots inutiles, juste un regard,

Et tout le savoir, des siècles de danse accumulés,
Se transmettait dans cette rare communion entre le corps et l’esprit.
Tu n’étais pas seulement un professeur,
Mais un guide, un passeur, un gardien de l’héritage vivant.

Je me souviens de l’odeur de la salle de danse,
Du bois usé sous les pieds nus, des miroirs qui reflétaient non pas des visages,
Mais des vies en construction, des êtres en devenir.
Dans tes gestes, je découvrais des histoires, des luttes invisibles,
Des figures oubliées de l’histoire de la danse,
Des créateurs sans nom mais dont l’influence palpite encore dans l’air.
Car la danse, ce n’est pas seulement la technique,
C’est une philosophie, une esthétique de la révolte silencieuse,
Une manière de questionner le monde, le corps, l’âme.
Et toi, tu étais la clé de ce savoir, l’incarnation d’une tradition vivante.
Mais ces figures, ces mentors que tu incarnais à travers nous,
Ils étaient là, présents dans l’ombre de l’histoire.
Tu nous parlais de Martha Graham, de José Limón,
De ces pionniers de la danse moderne qui, dans la difficulté, ont trouvé la liberté.
Mais tu nous parlais aussi de ceux qui ne portent pas de noms dans les livres,
De ces danseurs anonymes, ces invisibles dont la quête était la beauté du mouvement.
Ils n’étaient ni célèbres ni récompensés, mais leur impact fut profond,
Car leur savoir n’était pas dans des diplômes, ni dans des distinctions,
Mais dans la pure transmission du geste, dans l’indicible poésie du corps.
Tu nous parlais aussi de la danse baroque, oubliée par les fastes modernes,
De ces chorégraphes du XVIIe siècle qui codifièrent l’art du mouvement,
Là où l’élégance et la rigueur se confondaient dans une symphonie de gestes.
Tu parlais de l’importance de la posture, de l’alignement, du regard,
Comme si chaque geste, chaque pas, portait en lui la mémoire de siècles passés.
Tu nous enseignais que le mouvement, ce n’était pas un simple enchaînement,
Mais un langage universel, une musique invisible.

Et dans chaque pirouette, chaque pas de deux,
Nous étions à la fois les héritiers et les passeurs d’une tradition sans fin.
La transmission, tu le savais, n’était pas une question de mots.
Elle n’était pas inscrite sur des partitions, ni figée dans des manuels.
Elle était dans l’air que nous respirions, dans la sueur, dans l’âme du corps.
C’était un savoir incarné, vivant, qui se passait de génération en génération,
Par l’empreinte d’un regard, la force d’un souffle, la tension d’un muscle.
Ce savoir n’était pas une chose que l’on possédait, mais un geste que l’on offrait.
Il circulait entre toi et nous, comme une rivière invisible,
D’un corps à l’autre, d’un esprit à l’autre, dans une danse infinie.
Et c’est ainsi que nous avons appris.
Par la persévérance et l’humilité, par la répétition incessante,
Mais aussi par la confiance, cette confiance que tu plaçais en nous,
Dans l’intime de chaque mouvement, dans chaque respiration.
Car c’était cela, ton véritable enseignement :
La danse, au-delà de la technique, était un acte de foi,
Un acte de confiance dans l’invisible, dans le mystère du corps en mouvement.
Tu nous enseignais que le corps ne ment pas,
Que chaque geste, même le plus imperceptible, portait une vérité.
Aujourd’hui, chaque mouvement que je fais, chaque création que je mène,
Portent ton empreinte. Ton enseignement résonne à travers moi,
Comme un écho dans l’espace, une vibration qui traverse le temps.
Je n’ai jamais oublié tes mots, ta manière de regarder, de sentir le rythme,
Ni la manière dont tu redéfinissais la danse à chaque instant,
Non pas comme une simple forme, mais comme une rencontre.
Tu nous enseignais que la danse, ce n’est pas ce que l’on montre,
Mais ce que l’on ressent, ce que l’on vit au plus profond de soi.
Il y a des mentors, des guides, des maîtres comme toi,
Qui ne cherchent pas la reconnaissance, mais qui, dans l’ombre, façonnent l’histoire.
Ils sont les architectes du mouvement, les bâtisseurs d’un savoir qui se déploie, Invisible,
dans les veines de ceux qui, à leur tour, transmettront.
Et ainsi, la danse continue, s’épanouit, se transforme.
Mais elle reste toujours fidèle à ces racines profondes,
Qui, loin des projecteurs, portent la mémoire du corps,
De ceux qui ont appris à écouter le silence du mouvement.
Car la transmission, c’est cela : un voyage sans fin,
Un pont jeté de corps en corps, de génération en génération.
Et toi, maître silencieux, tu es à l’origine de ce voyage.
Dans tes pas, nous avons trouvé notre propre voie.
Dans tes gestes, nous avons découvert un monde de possibles.
Merci pour cette lumière discrète, pour cet héritage vivant,
Que tu as su transmettre avec tant de délicatesse et d’amour.

Dans la danse, tu n’es jamais loin, car tu es en nous,
Dans chaque mouvement, chaque geste, chaque souffle.
Le savoir incarne la mémoire du monde et nous simple danseurs en sommes les témoins fidèles.

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Leestijd 6 — 9 minuten

#179

01.03.2025

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14.09.2025

Lukah Katangila

Lukah Katangila est un chorégraphe, danseur, interprète et activiste né à Goma, au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Il danse avec la SLAYERS DANCE COMPANY, AMIZEROK East African Boléro, et dans sa propre compagnie MBOKA DANCE Cie.

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